Le magazine de la cave à vin

Constituer sa cave

Hériter d'une cave à vin : trier, estimer, déclarer, décider

Dans une cave voûtée, une femme dresse l'inventaire d'une cave héritée, cahier ancien à la main, bouteilles poussiéreuses, lampe

On hérite rarement d'une cave à vin seule ; on hérite d'une maison, d'un placard sous l'escalier ou d'un sous-sol, et des bouteilles qui s'y trouvent, entre les bocaux et les outils. La cave de mon grand-père tenait dans deux casiers de béton et un carton de bordeaux dont la moitié était passée ; personne ne savait ce qu'elle valait, ni quoi en faire, ni s'il fallait en parler au notaire. Ce guide prend les questions dans l'ordre où elles se posent : mettre les bouteilles à l'abri, dresser l'inventaire, estimer, déclarer, partager, puis décider entre garder, boire et vendre.

D'abord : ne rien déplacer, et stabiliser

Les premières semaines d'une succession sont celles où l'on vide, trie et transporte ; c'est exactement ce qu'une cave ne supporte pas. Tant que rien n'est décidé :

  • Laisser les bouteilles où elles sont si la pièce est fraîche et sombre ; un sous-sol à 14 °C vaut mieux qu'un appartement chauffé, même avec une cave électrique. Ce qui compte est dans quelle est la bonne température pour une cave à vin.
  • Si la maison va être vidée ou vendue, transporter couché, en cartons fermés, vers l'endroit le plus frais disponible, en une seule fois, et laisser reposer quelques semaines avant d'ouvrir quoi que ce soit. Le transport est détaillé dans notre page sur le déménagement d'une cave.
  • Photographier la cave avant d'y toucher, casier par casier : c'est la première pièce de l'inventaire, et la seule preuve de l'état initial si les héritiers ne sont pas d'accord.
  • Ne pas laisser une cave électrique éteinte dans une maison fermée ; si l'électricité est coupée, sortir les bouteilles.

L'inventaire : ce qu'il doit contenir

Un inventaire de cave héritée sert trois fois : au notaire, à l'assureur, et aux héritiers pour partager. Il tient dans un tableur, une ligne par lot de bouteilles identiques, avec : appellation, producteur, cuvée, millésime, format, nombre de bouteilles, état (niveau dans le col, étiquette, capsule, bouchon), et une colonne « estimation » que l'on remplit à l'étape suivante. Le niveau dans le col est le critère qui fait la valeur d'un vieux vin ; les repères (dans le goulot, haute épaule, mi-épaule) et ce qu'ils disent sont dans peut-on boire un vin de 50 ans. Une bouteille sans étiquette ou sans millésime lisible va dans un lot « à boire », pas dans l'estimation. La méthode, cahier, tableur ou application, a sa propre page dans notre calendrier.

Estimer : trois niveaux selon la cave

  1. Les cotes en ligne, pour une cave ordinaire : les sites de vente aux enchères et de cotation publient les prix récents de la plupart des vins qui ont un marché ; on relève la cote par bouteille, on l'applique au lot, on obtient une valeur de marché indicative. Une bouteille sans cote a rarement de valeur de revente.
  2. Un caviste ou un négociant en vins anciens, pour une cave de quelques centaines de bouteilles avec des appellations connues : il se déplace, examine niveaux et étiquettes, et propose une estimation, souvent avec une offre de rachat. L'estimation et l'offre sont deux choses ; on peut prendre la première sans la seconde.
  3. Un commissaire-priseur ou un expert en vins, pour une cave de valeur, des grands crus, de vieux millésimes : l'expertise est écrite, datée, opposable au notaire et à l'administration, et c'est souvent le prélude à une vente aux enchères. Les acteurs, leurs tarifs et leurs méthodes auront leur page dédiée.

Une règle : la valeur d'une cave héritée, c'est ce qu'un acheteur en donne, pas ce que le défunt l'a payée. Un bordeaux acheté cher en primeur il y a trente ans peut valoir moins que son prix d'achat, et une caisse oubliée peut valoir beaucoup plus.

Déclarer : ce que dit le notaire, et ce que dit le fisc

Les bouteilles font partie de la succession, comme tout bien meuble. Pour l'évaluation, le Code général des impôts (article 764) prévoit trois bases, dans l'ordre : le prix d'une vente publique dans les deux ans du décès ; l'estimation d'un inventaire notarié ; à défaut, la déclaration des héritiers, avec un plancher, le « forfait mobilier » de 5 % de l'actif brut de la succession pour les meubles meublants.

La question qui fâche est de savoir si une cave entre dans ce forfait. La doctrine fiscale définit les meubles meublants comme les meubles « destinés à l'usage et à l'ornement des appartements », meubles, sièges, pendules, porcelaines, et en exclut expressément les collections. Une cave de quelques dizaines de bouteilles de consommation courante se fond, en pratique, dans le mobilier ; une cave de valeur, constituée et suivie, ressemble à une collection, et le notaire la déclarera le plus souvent à part, à sa valeur, sur la base d'une expertise. L'administration a plusieurs années pour redresser une déclaration qui l'a omise ou sous-évaluée, avec intérêts et pénalités ; et c'est l'estimation écrite qui protège les héritiers dans les deux sens, contre une sous-évaluation contestée comme contre un forfait qui surévaluerait une cave modeste. La bonne décision se prend avec le notaire, l'inventaire en main.

Partager entre héritiers

Une cave ne se divise pas comme un compte bancaire : les bouteilles sont uniques, les goûts diffèrent, et le frère qui a une cave voudra les grands crus quand la sœur qui n'en a pas préférera la valeur. Trois façons de faire, du plus simple au plus formel :

  • Le partage en lots équivalents : on constitue des lots de valeur estimée égale, en mêlant crus et années, et l'on tire au sort ou l'on choisit à tour de rôle.
  • L'attribution avec soulte : un héritier prend la cave et compense les autres, à la valeur de l'estimation ; c'est la solution quand un seul a de quoi la garder.
  • La vente et le partage du produit : quand personne ne veut garder, ou que la cave est de grande valeur ; la vente publique dans les deux ans fixe aussi la valeur fiscale.

Dans tous les cas, les bouteilles se répartissent après l'inventaire et l'estimation, jamais avant : les « je prends juste deux bouteilles pour le repas de dimanche » sont la source de la plupart des brouilles.

Décider : garder, boire, vendre

Garder

Si la cave est bonne et que l'on a de quoi la loger, à température, dans l'obscurité, sans vibrations : les critères d'une cave qui garde, naturelle ou électrique, sont dans cave de vieillissement ou cave de service et aménager une cave à vin. Une cave héritée de valeur se déclare aussi à l'assureur : les contrats habitation plafonnent bas le contenu d'une cave, et une extension ou un contrat dédié se justifie au-delà de quelques milliers d'euros ; le détail est dans assurer sa cave à vin et les offres comparées dans le comparatif des assurances cave à vin.

Boire

La plupart des caves héritées sont des caves à boire, pas à garder : des vins de dix à trente ans, souvent à leur apogée ou au-delà. On les classe par urgence, du plus fragile au plus solide, et on les ouvre dans l'année, en commençant par ceux qui inquiètent, niveau bas ou millésime faible. Ce qu'on peut attendre d'un vin ancien, et ce qui est perdu, est dans boire un vin trop vieux : quels risques ; le service d'une vieille bouteille, dans notre page sur le carafage des vieux vins.

Vendre

Un particulier ne peut pas vendre du vin comme il vendrait un meuble : la vente d'alcool est réglementée, et la voie sûre passe par un intermédiaire habilité, maison de ventes aux enchères, plateforme de vente entre particuliers spécialisée qui prend en charge le cadre légal, caviste ou négociant qui rachète. Les enchères conviennent aux grands vins et aux caves importantes, avec des frais vendeur et des délais ; le rachat par un négociant est rapide et moins bien payé ; les plateformes sont entre les deux. On vend après l'estimation, avec l'inventaire, et l'on garde une copie de tout pour le notaire et pour l'administration.

Les erreurs qui coûtent

  • Vider la cave et transporter les bouteilles en plein été dans un coffre de voiture.
  • Se partager les « bonnes bouteilles » avant l'inventaire.
  • Jeter les bouteilles sans étiquette sans les goûter : certaines sont les meilleures de la cave.
  • Omettre la cave dans la déclaration de succession parce que « ce n'est que du vin », puis la vendre aux enchères sous son nom l'année suivante.
  • Garder une cave de valeur sans l'assurer, ni la loger correctement.

En bref

  • Stabiliser d'abord : ne rien déplacer, photographier, tenir au frais.
  • Inventorier lot par lot, niveaux et états compris ; estimer par les cotes, un négociant ou un expert selon la valeur.
  • Déclarer avec le notaire : forfait de 5 % pour une cave modeste fondue dans le mobilier, déclaration à la valeur expertisée pour une cave de collection ; la vente publique dans les deux ans fixe la valeur.
  • Partager après estimation : lots, attribution avec soulte, ou vente.
  • Garder si l'on peut loger et assurer ; boire dans l'année ce qui est à son apogée ; vendre par un intermédiaire habilité.

Dates

Écrit par

Hélène

Hélène, rédactrice de CaveXpert

Hélène a hérité d'une cave de trois cents bouteilles dans une maison de famille, avec ses remontées d'eau, son odeur de renfermé et son inventaire sur un cahier d'écolier. Il a fallu l'assainir, la sécuriser, l'assurer, l'inventorier, puis décider quoi garder, quoi boire et quoi revendre. Elle en a tiré une méthode, et beaucoup de questions posées aux assureurs et aux commissaires-priseurs.

Experte de l'entretien et des problèmes de cave (humidité, odeurs, température, pannes), de la sécurité et de l'assurance, et de la gestion de sa cave : constituer, ranger, valoriser, revendre.