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Pourquoi les caves à vin sont classées G : lire l'étiquette énergie

Un chat renifle une cave à vin fraîchement déballée dans un salon, l'étiquette énergie encore collée sur la porte

Une cave à vin bien conçue, silencieuse, sobre, se retrouve classée G sur l'étiquette énergie, à côté du pire des congélateurs. Un réfrigérateur qui consomme presque deux fois plus obtient un E. Et des fiches produit continuent de vanter des caves « A++ », une classe qui n'existe plus depuis 2021. J'ai passé assez de temps dans les textes du règlement et dans la base EPREL pour l'expliquer simplement : la note ne dit pas ce qu'on croit, et le seul chiffre qui compte est ailleurs sur l'étiquette.

Pourquoi les caves à vin électriques ont un classement énergétique G ? (illustration 1)

Ce qu'est l'étiquette énergie, et ce qu'elle contient

L'étiquette énergie est le dispositif européen qui classe les appareils électroménagers, dont les appareils de froid, de A à G. Elle est obligatoire à la vente, en magasin comme en ligne, et chaque modèle est enregistré dans EPREL, la base européenne des produits étiquetés, accessible par le QR code imprimé sur l'étiquette. Pour une cave à vin, on y lit :

  • la classe d'efficacité énergétique, de A à G ;
  • la consommation annuelle en kWh, mesurée selon la norme ;
  • la capacité en bouteilles standard de 75 cl ;
  • le niveau sonore en décibels, assorti d'une classe de bruit de A à D.

L'histoire de l'échelle explique la confusion actuelle. Créée en 1995 avec sept classes de A à G, elle a reçu en 2011 les classes A+, A++ et A+++ quand trop d'appareils atteignaient le A. Le 1er mars 2021, le règlement 2019/2016 a supprimé les « + », rétabli l'échelle de A à G et durci le barème d'un coup, en réservant le A à des appareils qui n'existaient pas encore, pour laisser de la marge au progrès. Une cave qui était B en 2014 est D aujourd'hui, sans avoir changé ; une cave « A++ » vue sur une fiche est soit un stock d'avant 2021, soit une fiche jamais mise à jour.

Pourquoi presque toutes les caves à vin sont F ou G

La classe ne mesure pas la consommation. Elle mesure un indice d'efficacité énergétique, l'IEE, qui rapporte la consommation annuelle de l'appareil à la consommation qu'aurait un appareil « de référence » de même volume et de même type. Le calcul se fait en trois temps.

1. La consommation annuelle mesurée

L'appareil est réglé sur sa température cible, 12 °C pour une cave, et mesuré sur 24 heures à deux températures ambiantes fixées par la norme, 16 °C et 32 °C. La moyenne des deux, multipliée par 365, donne la consommation annuelle affichée. C'est ce chiffre qui figure sur l'étiquette en kWh par an.

2. La consommation de référence

Pour chaque appareil, le règlement calcule une consommation annuelle standard à partir du volume des compartiments et d'une série de facteurs de compensation propres à chaque type de compartiment. Un compartiment « stockage du vin » est défini par le règlement : température de consigne entre 5 et 20 °C, stabilité à 0,5 K près, humidité tenue entre 50 et 80 %, protection contre les vibrations. Ces facteurs sont fixes pour toutes les caves ; seules les caves encastrables bénéficient d'une légère compensation.

3. L'indice, et la classe

L'IEE est le rapport entre les deux, et un barème le convertit en lettre. Le problème des caves à vin est là : leurs facteurs de compensation sont très faibles comparés à ceux des réfrigérateurs et des congélateurs, parce qu'une cave refroidit peu de litres, à une température proche de la pièce, avec des parois épaisses. Sa consommation de référence est donc petite, son indice est mécaniquement élevé, et sa lettre mauvaise, quelle que soit sa sobriété réelle. À consommation annuelle nettement plus élevée, un réfrigérateur obtient une meilleure lettre qu'une cave.

Le résultat se lit dans EPREL : sur les quelque 2 800 modèles de caves à vin recensés fin 2023 sur le marché européen, plus de 97 % étaient classés F ou G. Une cave G n'est pas un appareil raté ; c'est un appareil noté sur une échelle faite pour d'autres.

Classe A, B, C : ce que ça change vraiment

Quelques caves atteignent des classes C, D, parfois mieux. Elles y parviennent par ce qui réduit réellement les pertes : une isolation plus épaisse, une porte pleine plutôt que vitrée, un compresseur à vitesse variable qui module au lieu de s'arrêter et repartir, une électronique qui gère les cycles. Ce sont de bonnes caves, souvent plus chères. Mais la question qui compte à l'achat n'est pas la lettre, c'est l'écart de kWh.

Prenons deux caves de 50 bouteilles, l'une à 190 kWh par an, classée G, l'autre à 120 kWh, classée D. L'écart est de 70 kWh, soit environ 14 € par an au tarif réglementé de septembre 2026, un peu plus de 0,20 € le kWh. Sur dix ans de service, 140 €. Si la cave la mieux classée coûte 150 € de plus, l'opération est neutre ; si elle coûte 400 € de plus, elle ne se rembourse pas par l'énergie. Elle peut se justifier autrement, par le silence ou la stabilité, mais pas par la facture. C'est le calcul à faire, modèle contre modèle, avec les deux consommations annuelles lues sur les étiquettes, et c'est le seul.

Les facteurs qui pèsent sur la consommation réelle chez vous, température de la pièce, remplissage, porte, ventilation, comptent d'ailleurs plus que la classe : ils sont détaillés dans combien consomme une cave à vin électrique.

Lire une fiche produit en trois secondes

  • Ignorer la lettre, ou plutôt la lire pour ce qu'elle est : un rang parmi les caves, pas une mesure.
  • Comparer les kWh par an entre modèles de capacité voisine. C'est la seule ligne qui se traduit en euros.
  • Lire les décibels, qui figurent sur la même étiquette : pour une cave dans une pièce de vie, ils comptent plus que l'énergie.
  • Se méfier des « A+ » et « A++ » : depuis mars 2021, ces classes n'existent plus. Une fiche qui les affiche n'a pas été relue.

Les textes de référence

  • Règlement (UE) 2017/1369 du 4 juillet 2017 établissant le cadre de l'étiquetage énergétique.
  • Règlement délégué (UE) 2019/2016 du 11 mars 2019 sur l'étiquetage énergétique des appareils de réfrigération, applicable depuis le 1er mars 2021, qui abroge le règlement délégué 1060/2010.
  • La base EPREL de la Commission européenne, où chaque fiche produit est consultable par le QR code de l'étiquette.

En bref

  • La classe énergie d'une cave à vin est un indice rapporté à un appareil de référence, pas une consommation ; le barème pénalise les caves par construction, et plus de 97 % d'entre elles sont F ou G.
  • Les classes A+, A++ et A+++ ont disparu le 1er mars 2021.
  • Le chiffre à comparer est la consommation annuelle en kWh ; 70 kWh d'écart, c'est 14 € par an.

Dates

Écrit par

Julien

Julien, rédacteur de CaveXpert

Julien a commencé par démonter une cave thermoélectrique tombée en panne au bout de deux étés, pour comprendre pourquoi. Depuis, il lit les fiches techniques comme d'autres lisent les étiquettes, un wattmètre et un sonomètre à portée de main, et il compare ce que les constructeurs annoncent à ce que les appareils font : consommation réelle, bruit, stabilité de la température, capacité en vraies bouteilles.

Expert des tests de modèles, des comparatifs et des innovations : caves connectées, compactes multi-zones, armoires de vieillissement.